L’alcool, ce poison bien trop “cool”

Louise Delage campagne Instagram addiction alcool

Connaissez-vous Louise Delage ? Inscrite en Août 2016, elle a aujourd’hui plus de 100 000 abonnés sur Instagram. C’est une magnifique nana, avec une vie géniale, faite de soirées et de vacances, de dîners entre potes et de city trips.

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Ses photos sont magnifiques. Et tous ses abonnés la trouvent chilly et belle… sans relever un détail : sur chacune de ses photos, il y a de l’alcool.

Louise Delage, en réalité, n’existe pas. C’est un “fake”, un personnage créé de toutes pièces pour démontrer combien il est culturellement tout à fait acceptable de voir une femme boire de l’alcool régulièrement. Car ses photos ne sont espacées que de quelques jours – voire de quelques heures.

Son dernier post est en fait une vidéo, baptisée… “Like my addiction”.

Elle a pour but de montrer combien “il est facile de passer à côté de l’alcoolisme d’un proche”. Toute la campagne a été imaginée et lancée par Addict Aid, un nouveau portail lancé en avril 2016. “Un véritable outil collaboratif destiné à informer, prévenir et orienter toutes les personnes désireuses de soigner leurs addictions.

La vidéo est également sur Youtube. On pourrait penser qu’elle allait faire réfléchir, mais certains commentaires montrent que la plupart ne voient pas le problème…

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“Tout le monde sait que les vacances c’est fait pour s’alcooliser”.

Et les afterworks, les soirées du samedi soir, les sorties entre potes, et les repas de famille, les terrasses en été, les après-midis pétanque…

Le mercredi 7 février,  France 2 a diffusé le film La soif de vivre qui a été suivi d’un débat intitulé Alcool, un tabou français ? (en replay jusqu’au 14 février).

On y apprend, ou on se rappelle, que chaque année, en France, 49 000 personnes meurent à cause de l’alcool. Que c’est la deuxième cause évitable de mortalité après le tabac. 

Que plus d’un Français sur dix est alcoolique – ou pour le dire pudiquement, “a des problèmes avec l’alcool”.

Et que les lobbys du vin sont clairement aussi puissants que ceux du tabac.

“Un verre ça va, trois, bonjour les dégâts”…

En réalité, l’alcool est un produit nocif pour la santé dès le premier verre, comme la première cigarette vous envoie le même paquet de goudron dans les poumons et de cyanure dans le sang que les suivantes.

La molécule d’alcool est la même dans le cidre, la bière, le vin ou la vodka.

Et elle a les mêmes effets sur chaque être humain – même si un bébé dans le ventre de sa mère souffrira bien plus de recevoir l’alcool contenu dans un verre de vin qu’un athlète de cent kilos. Surtout chez les femmes… leur métabolisme digère bien moins l’alcool, et le stocke longtemps dans les graisses.

Non, le vin rouge n’apporte rien à la santé. Non, boire tous les samedis soirs n’est pas NORMAL. Non, le binge drinking pratiqué par les adolescents n’est pas qu’une” phase de bringue” acceptable à leur âge. Et vouloir finir dans le coma chaque semaine alors qu’on est avec des potes devrait amener les consommateurs et tous les autres à se poser des questions.

En France, culturellement, boire de l’alcool est une qualité, un signe de convivialité, de sympathie, d’ouverture d’esprit. Ceux qui ne boivent pas sont qualifiés de coincés, de maniaques, de frileux, “des gens qui ne savent pas s’amuser”. Même si tu passes ta soirée à rire et à danser, rien à faire : si tu as un verre d’eau dans la main, c’est que tu as un problème. Pire, si tu ne bois “que” deux verres à un anniversaire, ce qui est déjà deux verres de trop dans l’absolu, c’est que tu ne fais pas honneur à ton hôte.

Refuser un verre d’alcool est mal vu. Et si tu ne bois pas, on se demande si ce ne serait pas justement parce que tu es alcoolique….

Toutes ces situations, je les aies connues. Depuis longtemps, j’ai un problème avec l’alcool. Pas seulement parce que je n’en suis pas fan, et que quand j’en bois, c’est sous forme de cocktails, de vins sucrés ou de cidre, des trucs sucrés, pour en masquer le goût. Mais surtout parce que c’est encore et toujours un marqueur social.

Je ne compte plus les fois où j’ai refusé un verre de champagne… alors que j’étais (largement) mineure : dans ma famille, un repas ne peut pas se faire sans un “bon vin”, un anniversaire ne peut être fêté sans au moins tremper ses lèvres dans des bulles.

Par la suite, alors même qu’il m’arrivait de boire un verre de vin au restaurant, ou un cocktail en club, quasiment toutes les personnes qui m’accompagnaient s’étonnaient lorsqu’au bar je demandais… un verre d’eau, un jus de fruit. Je n’avais pas envie d’alcool. Et j’avais soif. D’autant plus qu’en club électro il fait super chaud, et que l’alcool dessèche le corps (d’où le “casque” du lendemain, pour info : c’est juste parce que vous êtes déshydratés).

Mais je sentais bien, dans le regard des autres, l’étonnement, le sentiment de décalage, ou le reproche sous-jacent. J’avais même parfois droit à un commentaire de vive voix, vu que l’alcool désinhibe : “tu ne nous suis pas dans la fête”, “tu ne te laisses pas aller”, “tu ne lâches pas prise”, “tu es coincée”… Pareil avec la coke, le shit, et tout ce qui peut passer dans les soirées. Alors même que je m’amusais comme une dingue, heureuse d’écouter du bon son, de m’éclater sur le dancefloor, et d’être avec mes amis. Alors que je profite du soleil, de la plage – et que le rosé me donne des migraines pas possibles.

Je n’empêche, de mon côté, personne de boire… mais il m’est arrivé de dire à quelqu’un qu’il buvait trop. Parce que j’avais peur pour lui/elle, mais aussi parce que je ne voulais pas passer la fin de soirée à servir de pilier, et ensuite de taxi.

Peu de gens que j’ai fréquenté, sur toutes mes années de vie d’adulte, ne m’ont pas fait de réflexion ou posé de question quand je m’abstenais à la table d’une terrasse, ou au restaurant. Depuis longtemps, j’ai compris que ne pas boire n’était, en France, pas acceptable culturellement. Je suis même persuadée que beaucoup de ceux qui comme moi n’aiment pas boire le font juste pour ne pas être rejetés par le groupe.

Il faut dire qu’on est aussi un mauvais citoyen, si on ne fait pas vivre les brasseries et les viticulteurs…

Cette campagne, ce film, ce reportage n’auront sans doute que très peu d’impact, tant la consommation d’alcool est dans les moeurs – et il faut le dire, depuis la nuit des temps. A se demander d’ailleurs si l’homme a commencé à connaître le désespoir et la tristesse en même temps que son cortex pré-frontal l’a rendu intelligent… L’alcool, paraît-il, rend alors plus gai – enfin, pas tout le monde.

Car j’ai vécu bien des moments glauques et gênants avec des personnes qui finissaient la soirée en larmes, ne pouvant plus cacher leur déprime, ou devenaient irritables, agressives et même violentes.

J’aimerais vraiment qu’on me fiche la paix avec l’alcool. D’autant plus que je ne refuse pas de boire un verre. Je milite juste pour le droit de boire ce que je veux, et quand j’en ai envie. Je dénonce les termes de “sobriété” et d’ “abstinence” qu’on entend quand on doit prendre la voiture et qu’on a envie de rentrer chez soi vivant. Je ne suis ni coincée, ni psychorigide, j’adore faire la fête, et je sais, tout simplement, m’amuser sans avoir besoin d’alcool.

Car derrière tout cela, se posent beaucoup de questions. Qui d’entre nous s’interroge sur son besoin de boire pour “se détendre”, “s’amuser”, “passer du bon temps” ? Pour avoir le courage d’aborder ce gars, cette fille, de danser sur la piste ? Pourquoi a-t’on besoin d’une substance (quelle qu’elle soit) pour “s’éclater” ? Avoir besoin d’alcool pour profiter d’un moment entre amis, c’est pour moi un signe que tout ne va pas super bien dans sa vie… ou qu’on ne s’entoure pas vraiment des bonnes personnes.

L’alcool est une substance addictive, et bon nombre de personnes vivent dans son esclavage au quotidien. A part quand on naît déjà alcoolique parce que sa mère l’était pendant la grossesse, tous ceux et celles qui sont devenus dépendant.e.s à l’alcool… en ont bu !

Et dans notre société, dont la culture et l’origine religieuse acceptent la consommation d’alcool, il est facile de passer du côté obscur. Il suffit de rajouter pendant un temps (les vacances, un divorce… quelques semaines ou quelques mois) des verres en plus à “l’alcool quotidien” pour devenir accro. Les médecins le constatent, nous sommes tous différents, et certains ne deviendront jamais dépendants alors que d’autres le seront rapidement.

Mais en règle générale, vu nos mentalités et nos habitudes culturelles, il est assez facile de tomber dans la dépendance. Et c’est un enfer. Dont il est si difficile de sortir… et de se remettre des séquelles. Sans parler des autres… ceux qui souffrent, ceux qu’on emmène dans sa chute.

J’ai connu deux personnes proches qui étaient clairement alcooliques. Je dis “étaient”, car toutes deux sont mortes : l’un s’est tué en voiture, l’autre s’est endormie avec sa cigarette et a mis le feu à son appartement. Les deux étaient en état de déni. Les deux me reprochaient de ne pas les suivre en termes de nombre de bières, alors qu’on était à l’heure de l’apéro – voire à 10 heures du matin. Avec elles, c’était pire qu’avec les autres : me voir ne pas boire les renvoyaient certainement à leur propre dépendance. J’ai essayé d’en parler avec les deux, car pour moi c’est le rôle d’une (vraie) amie. Et je l’ai payé cher.

Je soutiens à 200% la campagne d’Addict Aid, dont le but est quand même de nous aider à être plus heureux, car toute addiction est un enfer. Et je salue la modernité et la réussite par la démonstration de cette campagne.

Mais il est très difficile de parler d’alcoolisme avec un alcoolique. Comme il est difficile de faire passer l’idée que l’alcool, ben c’est pas si cool.

J’espère qu’un jour les mentalités changeront. On observe quand même une baisse de la consommation globale, et on remarque que l’argument “beauté minceur” marche pas mal : l’alcool, c’est calorique… et ça abîme le corps.

Néanmoins certains (surtout des certaines, et des jeunes nanas notamment) ont trouvé la parade : elles deviennent alcoorexiques. Afin de ne pas grossir, il suffit de ne plus manger. Ainsi, on peut boire…

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Sophilosophy Barbarella

Journaliste, rédactrice, coach et consultante, blogueuse aussi. Passionnée par la psychologie et la sociologie, le développement durable, le développement personnel, la douance et la multipotentialité, les métiers et le monde de demain. Rêve de changer le monde en pratiquant le bonheur d'apprendre tous les jours ! :)

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